A la rencontre de Sandrine DELÉGLISE, directrice de la MDPH, et d’Isabelle COURTIGNÉ, conseillère départementale déléguée à la MDPH
05.08.2026La MDPH d’Ille-et-Vilaine : simplifier les démarches et accompagner les parcours de vie
Depuis presque un an, une nouvelle dynamique s’est installée à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) d’Ille-et-Vilaine. À sa tête, un binôme complémentaire : Sandrine Déléglise, directrice depuis août 2025, et Isabelle Courtigné, conseillère départementale déléguée depuis septembre 2025. À travers leurs échanges, elles éclairent leur rôle, les enjeux majeurs du handicap aujourd’hui et les évolutions en cours, tout en rappelant une conviction commune : l’usager est au cœur de toutes les actions.
Une gouvernance partagée au service des usagers
Pouvez-vous vous présenter et préciser vos rôles respectifs ?
Sandrine Déléglise :
« Je suis arrivée à la MDPH avec un parcours de 27 ans dans le secteur social, notamment en protection de l’enfance. Ce qui m’a attirée ici, c’est la continuité avec ce que j’ai toujours fait : accompagner des publics vulnérables et essayer d’apporter les réponses les plus justes, dans des situations de plus en plus complexes. »
Aujourd’hui, elle pilote l’ensemble de la MDPH : organisation des services, encadrement des équipes, mise en œuvre des orientations fixées par le département et la commission exécutive. « Je suis quelqu’un de terrain. J’ai besoin de comprendre concrètement la réalité des situations. L’action n’est pas faite pour répondre à des objectifs théoriques, mais pour répondre aux besoins des personnes. »
Isabelle Courtigné :
« Je suis élue départementale depuis 2015 et j’ai pris la délégation MDPH en septembre 2026. Dès notre première rencontre, on s’est aperçu que nous étions alignées sur l’essentiel : la place de l’usager. »
Elle incarne la dimension politique et stratégique : « Je préside la commission exécutive et je veille à ce que les orientations soient cohérentes avec les besoins du terrain. Sandrine porte la partie technique, et moi la partie politique. C’est cette complémentarité qui fait que cela fonctionne très bien. »
Isabelle à gauche et Sandrine à droite.
La MDPH : un groupement d’intérêt public au cœur de l’action collective
Avant de parler des enjeux, les deux responsables insistent sur une spécificité essentielle : la MDPH n’est pas une structure classique.
Créées par la loi de 2005, les MDPH reposent sur un groupement d’intérêt public (GIP). Ce modèle rassemble plusieurs acteurs autour d’un objectif commun : mieux répondre aux besoins des personnes en situation de handicap.
« C’est une vraie richesse, explique Isabelle Courtigné. On retrouve autour de la table le département, l’état, l’éducation nationale, les organismes de sécurité sociale, mais aussi les associations. Chacun apporte des moyens, mais surtout participe aux décisions. »
Le cœur de ce fonctionnement, c’est la commission exécutive, qui prend les décisions stratégiques pour la MDPH. « C’est un espace de dialogue très important, ajoute Sandrine Déléglise. On y parle de ce qui va bien, mais aussi de ce qui ne va pas. On prend le temps d’échanger, même quand on n’est pas d’accord. »
Autre instance clé : la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées), qui statue sur les droits individuels des personnes. « C’est elle qui décide, concrètement, de l’ouverture des droits. »
Ce fonctionnement en réseau permet une meilleure adaptation aux réalités du terrain : « Les associations font remonter les besoins, les institutions apportent leurs moyens, et on essaie de construire ensemble des réponses cohérentes. Sans ce partenariat, la MDPH ne pourrait pas fonctionner. »
Simplifier, expliquer, répondre plus vite : les défis du quotidien
Quels sont les principaux enjeux de la MDPH aujourd’hui ?
« Le premier enjeu, c’est la lisibilité », affirme Sandrine Déléglise. « Nous travaillons dans un cadre très normé, avec des règles fixées notamment par la CNSA. Mais pour les usagers, ce qui compte, c’est de comprendre. »
La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) joue un rôle structurant, en fixant les grandes orientations nationales. Elle impulse notamment des expérimentations sur la simplification des dossiers. « L’objectif, c’est de rendre les démarches plus accessibles, sans perdre en rigueur. »
Concrètement, la MDPH agit sur plusieurs leviers :
- Simplification du langage administratif ;
- Accompagnement dès la première demande ;
- Échanges renforcés avec les partenaires.
« Ce n’est pas aux usagers de s’adapter à la complexité, c’est à nous d’être compréhensible », insiste la directrice.
Des volumes d’activité considérables
L’autre défi majeur concerne les délais.
« On traite environ 90 000 décisions par an », rappelle Isabelle Courtigné. « Et en moyenne,
2 400 nouveaux dossiers arrivent chaque mois. »
Derrière ces chiffres, une réalité : une activité intense et continue, avec des situations humaines souvent lourdes.
Pour tenir les délais :
- Les dossiers sont numérisés rapidement dès leur arrivée ;
- Les équipes travaillent en flux continu ;
- Des efforts sont faits pour détecter rapidement les pièces manquantes.
Mais certaines contraintes restent fortes :
« Les certificats médicaux, par exemple, peuvent prendre du temps, notamment à cause des délais des RDV médicaux », souligne Sandrine Déléglise.
Et si la modernisation numérique est en marche, elle connaît encore des limites :
« Le téléservice national n’est pas intuitif pour tout le monde. Résultat : beaucoup de personnes utilisent encore le papier. »
Derrière les procédures, l’humain
Malgré cette intensité, les deux responsables rappellent une chose essentielle :
« Derrière chaque dossier, il y a une personne. »
Isabelle Courtigné insiste particulièrement sur le rôle des équipes :
« Les agents font un travail remarquable. Ils sont confrontés à des situations parfois très difficiles émotionnellement. C’est important de reconnaître leur engagement. »
Elle évoque aussi des situations concrètes :
« Il m’arrive d’avoir des personnes au téléphone. Parfois, elles disent simplement merci parce qu’on les a écoutées. On n’a même pas encore agi, mais le fait d’être entendues, ça change déjà beaucoup. »
Accompagner les parcours de vie : une responsabilité partagée
Comment mieux accompagner les parcours entre scolarité, emploi et autonomie ?
« La MDPH est un maillon, mais elle ne fait pas tout », rappelle Sandrine Déléglise.
Elle ouvre des droits et propose des orientations, mais la mise en œuvre repose sur de nombreux partenaires : éducation nationale, ARS, médico-social, service public de l’emploi.
« Chacun apporte une partie de la réponse. L’enjeu, c’est la coordination. »
Pour les situations complexes, des conseillers en continuité de parcours interviennent afin d’éviter les ruptures. « Ce sont souvent des situations où il faut mobiliser plusieurs acteurs en même temps. »
Les moments de fragilité : des transitions à mieux anticiper
Certaines étapes de la vie restent particulièrement sensibles.
Entre 18 et 20 ans
« Il y a un vrai sujet », reconnaît la directrice.
« On passe du monde de l’enfance à celui des adultes, avec des règles différentes, notamment financières. Pourtant, certains jeunes sont prêts plus tôt. »
Des dispositifs comme l’amendement Creton permettent d’éviter les ruptures, mais ils ne sont pas toujours suffisants. « Il y a encore des marges de progression pour mieux accompagner ces transitions. »
Le vieillissement
Autre enjeu : le passage à la retraite et l’adaptation aux structures pour personnes âgées. « Les frontières entre handicap et vieillissement sont de plus en plus poreuses. »
Une évolution constante des politiques du handicap
Les politiques du handicap évoluent fortement :
- Reconnaissance de nouveaux handicaps ;
- Dépistage plus précoce ;
- Nouvelles lois, comme sur certaines maladies dégénératives extrêmement évolutives et donc traitées en priorité ;
- Réformes en lien avec l’emploi.
« On est dans un système en mouvement permanent », souligne Sandrine Déléglise. « Il faut sans cesse s’adapter, traduire les évolutions nationales, et les rendre opérationnelles localement. »
Cette évolution s’accompagne d’une hausse continue des demandes :
« On observe une augmentation d’environ 8% par an. »
Pour les deux responsables, c’est aussi le signe d’un progrès :
« On identifie mieux les situations de handicap, et on intervient plus tôt. »
Quelles sont vos priorités pour les mois et les années à venir ?
Une priorité se détache clairement : continuer à réduire les délais de traitement.
« On a déjà beaucoup progressé, mais on veut aller plus loin », explique Isabelle Courtigné.
Autre axe clé : renforcer le partenariat dans la durée.
« On veut se projeter sur plusieurs années, sécuriser les moyens et construire une vision partagée avec tous les acteurs. »
Cela passe aussi par :
- La clarification des règles internes ;
- L’adaptation aux évolutions nationales ;
- L’anticipation des besoins futurs.
Un message aux usagers et aux partenaires
En conclusion, les deux responsables reviennent à l’essentiel :
Isabelle Courtigné :
« Tout ce que l’on fait, c’est pour les usagers. C’est notre fil conducteur. »
Sandrine Déléglise :
« Et rien ne serait possible sans les partenaires. On avance ensemble, avec une idée simple : apporter la réponse la plus adaptée possible à chaque personne. »
Dans un système complexe, en constante évolution, une conviction reste intacte :
l’humain doit toujours primer sur la procédure.